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LES ÉPIPHANIES
  • LES ÉPIPHANIES

  • MYSTÈRE PROFANE
  • Théâtre contemporain
  • le mardi 28/03/2017 à 18h30
  • BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE
    QUAI FRANCOIS MAURIAC
    GRAND AUDITORIUM
    75013 PARIS 13 FR
  • 11,60 €

"Les Épiphanies, texte sans aucun doute pensé pour la scène – puisqu’Henri Pichette les a écrites dans le but de les voir jouées par Gérard Philipe - destiné à être dit, interprété, ne ressemble à aucun autre. Poème dramatique ? Drame poétique ? Opéra bouffe? Épopée picaresque? On ne sait. Les Épiphanies créent un genre à elles toutes seules, et ne se laissent enfermer dans aucune catégorie. L’appétit verbal, la chatoyance et l’irrévérence de la langue évoquent tout autant Rimbaud que Rabelais ou encore Lautréamont. Quant à la structure en cinq Épiphanies (la Genèse, l’Amour, la Guerre, le Délire et l’Accomplissement), soient cinq actes, elle rappelle les tragédies antiques, mais également le Pentateuque. L’inspiration chrétienne du poème est d’ailleurs revendiquée – quoique de manière ambiguë et insolente - par son sous-titre: Mystère profane.
Les Épiphanies sont donc un mystère sans Église, un mystère sans Dieu institué. C’est la poésie qui y est célébrée, et la foi et l’espérance sont placées en l’homme, ou plutôt en un homme : le Poète, immédiat et frondeur, armé de son désir de vivre et d’aimer, accompagné de son Amoureuse, Ève lyrique et on ne peut plus sensuelle. Face à eux, leur apparent contraire : Monsieur Diable, cynique et blasé, rageur et revenu de tout, bien décidé à leur asséner une âpre leçon de lucidité, et ce par tous les moyens à sa disposition. Dans l’arène, s’affrontent férocement exaltation et déception, appétit et dégoût, naïveté et amertume, deux visions de l’existence a priori inconciliables.
Mais, si elles peuvent paraître diamétralement opposées, les deux figures du Poète et de Monsieur Diable demeurent inextricablement liées, comme le sont Jekyll et Hyde. Ils se ressemblent même étrangement, chacun défendant ses convictions avec la même ardeur et le même pouvoir de séduction, chacun étant traversé par le doute et étant fasciné par l’autre, chacun ayant intimement besoin de son contraire pour affirmer son existence.
Texte sans concessions mais aussi sans manichéisme, cri de révolte poussé lors des moroses lendemains de l’après-guerre, Les Épiphanies résonnent singulièrement aujourd’hui, alors qu’une morosité d’un autre genre nous paralyse, et que les guerres continuent de proliférer et prennent d’autres visages. Scandales politiques, fanatisme de l’apocalypse, crises économiques, chômage, angoisse épidémique, débauche de luxe, fragilité des liens affectifs et sociaux, primauté de l’instantané sur le durable... Qui ne donnerait raison de nos jours à l’état des lieux du monde opéré par Monsieur Diable ? Et qui ne désirerait avoir les moyens de le contredire?
Monter cette pièce aujourd’hui constitue un acte de résistance contre le rationalisme à toute épreuve, contre l’éternelle et persistante crainte de mal faire, de mal dire, de mal penser, de mal commencer, de mal agir, de mal finir, contre le «c’était mieux avant» et le « ce sera pire après ». C’est donc aussi un acte d’espérance.
Je remercie la BNF, détentrice d’un précieux fonds Pichette, d’accueillir aujourd’hui ce spectacle si nécessaire à mes yeux, lui donnant ici un relief particulier.
Mon souhait serait, à l’issue de cette soirée, que chaque spectateur puisse « respirer mieux. »

Pauline Masson – Metteure en scène"

Spectacle créé le 11 octobre 2016 au Théâtre de Suresnes Jean Vilar
Coproduction Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Compagnie Incandescence
Avec le soutien de la Compagnie Fabbrica

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